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Jean-Pierre Kelbert, le fondateur n'a pas besoin d'être présenté.
La concurrence des chantiers navals français
Aucune promotion nécessaire
Vu le nombre de JPK (18) au départ au Cap Martinique, vous n’avez même plus besoin de promouvoir le chantier naval ? Vous y allez juste pour le plaisir ?
Jean-Pierre Kelbert :
“Exactement, j’y vais sans aucune pression. En fait, je n’avais pas prévu de refaire la course, et c’est le bateau (le JPK 10.50) qui m’a décidé à revenir. C’est probablement ma dernière participation, et il me semblait un peu étrange de la rater. J’ai donc pris des dispositions avec une cliente qui me prête son bateau, celui avec lequel nous avons remporté la Spi Ouest-France. Nous naviguerons tous les trois sur des 10.50, avec Alex Ozon, vainqueur en 2022 [sur un Sun Fast 3300, devant Jean-Pierre Kelbert, ndlr], qui barrera Léon, le bateau du chantier, et Jean-François Hamon, lui aussi un bon client.”
Navigation en solitaire
Une traversée transatlantique en solitaire et sans escale au printemps est un véritable défi. À presque 63 ans, n’avez-vous jamais envisagé de naviguer en double ?
Jean-Pierre Kelbert :
“J’adorais régater en double, mais j’ai découvert que je suis plus heureux en solitaire. Non pas que je sois un solitaire né, mais je trouve facilement mon rythme ; je ne suis pas contraint par un horaire de quart. Croyez-le ou non, je lis davantage lorsque je suis seul qu’en double ! Bien sûr, il faut un skipper exceptionnel et tout doit être parfaitement synchronisé, car les bateaux prennent de la vitesse, ils déjaugent beaucoup plus vite et demandent une plus grande anticipation. La quille siffle bruyamment à partir de 13-14 nœuds ; c’est beaucoup plus stressant. J’espère ne pas le regretter!”
"Nous avons repoussé les limites tout en conservant une certaine polyvalence."
Une concurrence féroce
Dans votre compte rendu de la régate Spi Ouest-France, vous mentionnez une concurrence très intense entre le Pogo RC, conçu par Sam Manuard (l’architecte participe à la course du Cap Martinique en double avec Erwan Le Méné, et un Pogo RC concourt en solitaire, avec Pascal Coret comme skipper), et le Sun Fast 3300. Pourriez-vous exposer les points forts et les points faibles de chacun ?
Jeaneau Sun Fast en Pogo
Jean-Pierre Kelbert :
“Je dirais que le Sun Fast représente un recul, compte tenu du fossé générationnel. Ce modèle de Verdier fut le premier bateau IRC à investir dans une coque à la ligne d’étrave prononcée et à l’étrave inclinée, ce qui lui conférait une excellente puissance. Nous avons suivi cet exemple avec le JPK 10.30, puis est apparu le Lann Ael 3, prototype du Pogo RC. Ils sont allés encore plus loin avec une conception de coque assez radicale, et nous avons constaté que cela se traduisait par de meilleures performances.”
Jean-Pierre Kelbert
Repousser les limites du design
“Avec le JPK 10.50, en collaboration avec notre architecte naval Jacques Valer, nous avons repoussé les limites tout en préservant une certaine polyvalence. Nous sommes souvent légèrement plus performants au près que le Pogo, mais ce dernier navigue très confortablement au portant, notamment grâce à l’ajustement de son plan de voilure avec une grand-voile et des spinnakers plus grands. Logiquement, il devrait être en tête, mais il reste à voir s’il pourra maintenir son avantage en rating. Il nous doit encore 30 minutes par jour…”
Le JPK 1050 existe en version standard de haute qualité.
Vous avez évoqué des performances améliorées, mais le prix des bateaux a lui aussi considérablement augmenté : 280 000 € pour un JPK 10.50. Comment expliquez-vous cela ?
Jean-Pierre Kelbert :
“Il est vrai que le prix a augmenté de plus de 70 000 € par rapport au JPK 10.30. Techniquement, les bateaux sont légèrement plus avancés. La mousse sandwich est de marque Core Cell au lieu de Herex, car elle nécessite moins de résine ; le mât standard est en fibre de carbone ; les safrans sont rétractables avec des paliers JP3… Mais la principale différence réside dans la finition, car le matériau composite est plus raffiné. Nous sommes revenus à la stratification sous vide au lieu de l’infusion pour de nombreuses pièces afin de réduire la quantité de résine ; il n’y a pas de joints de liaison structurels. Tous les assemblages sont réalisés à la main. La construction est désormais proche de celle des Class40. Au final, nous avons pu gagner plus de 200 kg sur la plateforme, mais le temps de travail total est passé de 1 100 à 1 400 heures.”
"Depuis le JPK 1010, nous n'avons fait que de bons choix."
Économie
Au départ de la course du Cap Martinique en 2024, 60 bateaux étaient inscrits ; cette année, ils ne sont plus que 48. Cette baisse s’explique-t-elle par le prix et le niveau technique des bateaux ?
Jean-Pierre Kelbert:
“Honnêtement, je ne le pense pas. Nous continuons de lancer un JPK 10.50 chaque mois ; la demande est bien présente, et cette course représente un rêve pour de nombreux navigateurs expérimentés. L’an dernier, nous avions enregistré 65 pré-inscriptions, mais l’organisation a constaté un nombre important d’annulations. Certaines pour raisons médicales, car les conditions d’inscription sont nombreuses ; d’autres, je pense, sont dues à la conjoncture économique actuelle. Parmi les spectateurs de cette course, on compte beaucoup de chefs de PME, et la période actuelle est difficile, marquée par beaucoup d’incertitudes. Lorsque le stress au travail s’accentue, ce n’est pas forcément le meilleur moment pour aller naviguer.”
"Nous avons repoussé les limites tout en conservant une certaine polyvalence."
Transfert de composites JPK
Ce n’est manifestement pas votre cas !
Jean-Pierre Kelbert:
“J’ai la chance de travailler dans un secteur prometteur et d’être entouré d’une équipe formidable, notamment Jean-Baptiste Dejeanty, qui épaule Jacques (Valer) avec brio. Nous sommes près de 60 chez JPK, le chantier naval fonctionne à merveille et je commence à réfléchir à ma succession. J’ai reçu plusieurs offres de rachat, mais je ne les ai pas encore examinées car je préfère gérer la transition en interne. L’expertise est là.”
Le succès de JPK Composites
Lorsque vous avez lancé le premier JPK en 2003 (le 9.60), vous veniez du monde de la planche à voile, sans aucune expérience de construction navale ni de navigation, et avec un architecte naval inconnu et atypique. Quel est le secret de la réussite de JPK ?
Jean-Pierre Kelbert:
“J’ai sans doute eu de la chance, et j’y ai toujours cru. Je suis arrivé de nulle part, comme vous le dites, mais je possédais déjà une expertise considérable à l’époque, car outre les planches, la marque JPK produisait également de nombreuses pièces pour la course au large. Je connaissais les qualités des coques de Jacques, et à partir de ce moment-là, notre imagination n’avait plus de limites. Ce ne furent pas toujours des années faciles. Nous avons expérimenté quelques modèles qui n’ont pas fonctionné, mais à partir du JPK 1010, nous n’avons fait que des choix judicieux et nous sommes entrés dans une dynamique positive. Nous avons pu diversifier notre gamme, avec des bateaux IRC, mais aussi des bateaux de tourisme rapides et quelques bateaux à moteur.”
Jean-Pierre Kelbert a-t-il pris sa retraite?
Jean-Pierre Kelbert:
“Quand je prendrai ma retraite, je pense que j’aurai du mal à arrêter de dessiner, car c’est vraiment fantastique. Je continuerai à y contribuer !”
Publié le 19/04/2026
Par Sailorz, la plateforme média dédiée à la voile de compétition.
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